Une frontière temporelle: la ligne de changement de date entre les Samoas

Séparées par seulement une cinquantaine de kilomètres dans le Pacifique sud, les Samoa (Etat indépendant, anciennement les Samoa occidentales) et les Samoa américaines (territoire américain de seulement 200 km2 au statut particulier) ont la même heure, mais avec un jour de décalage.

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Les Samoa, archipel d’îles réparti sur deux Etats et séparés par la ligne de changement de date.  La compagnie Samoa Airways assure de nombreux vols quotidiens avec de petits avions (18 places).

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Paysage aérien entre les Samoa et les Samoa américaines.

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La « Tour de « l’Horloge » à Apia, symbole d’une villesituée sur le fuseau horaire le plus à l’est. Elle a été repeinte aux couleurs des Samoa à l’occasion des Jeux du Pacifique, regroupant plusieurs territoires de la région dont les territoires français de Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna.

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La Poste de Pago Pago, capitale des Samoa américaines fait partie intégrante du système postal américain. Les habitants des Samoa américaines sont considérés comme des nationaux américains, mais pas comme des citoyens américains car le territoire n’est pas constitué en Etat (au contraire de Hawaï par exemple). On y paie en dollars américains, le niveau de vie est plus élevé dans les Samoa américaines.

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Le Parc national des Samoa américaines est le seul parc national américain situé dans l’hémisphère sud. Il a été inauguré par Ronald Reagan à la fin de son second mandat.

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Une vue du sud du parc national.

IMG_7071Sur la route entre l’aéroport et Pago Pago.

IMG_7114Paysage à proximité de Pago Pago.

 

 

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Café géopolitique sur la Russie avec Anne Nivat le jeudi 5 septembre à 18 heures

Le premier café géopolitique de l’année 2019-2020 aura lieu dès le jeudi 5 septembre et portera sur la Russie. Il sera animé par Anne Nivat, grand reporter et prix Albert Londres en 2000 pour son livre Chienne de guerre portant sur la seconde guerre de Tchétchénie.

Elle dédicacera son dernier ouvrage sur la Russie, Un continent derrière Poutine? 2018, Seuil et Dans quel France vit-on? 2017, Fayard.

Anne Nivat a tourné un documentaire sur la Russie en 2018, visible à partir de ce lien:

Pour plus d’informations: https://quefaire.paris.fr/83048/cafe-geopolitique-la-russie

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Trump-Kim: la rencontre symbolique sur la frontière-front séparant les deux Corées

La poignée de mains entre les dirigeants américain et nord-coréen à Panmunjum était inattendue, mais les quelques pas effectués en Corée du Nord par Donald Trump constituent un événement politique.

Voir ici le passage de la frontière par Donald Trump (3’43): https://www.youtube.com/watch?v=ifZ9aN1Exr4

Panmunjom est situé à 60 km au nord de Séoul et se trouve au centre de la Zone Démilitarisée (260 km d’ouest en est, 4 km du nord au sud, 2 km pour chaque Corée). C’est le lieu des négociations entre les deux Corées. Visite de ce lieu hors du commun:

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Une maquette montrant le site de Panmunjom: la frontière est matérialisée par les lumières passant au centre des baraquements. La partie inférieure représente la partie sud-coréenne, la partie supérieure est la nord-coréenne. La DMZ est une zone militaire, il faut donc être accompagné par des soldats pour pouvoir s’y rendre. Dans les deux Corées, la visite de la DMZ est devenue une attraction touristique majeure, attestant de l’intérêt croissant de la “disneylandisation” des zones de front. Les visites des baraquements sont le “must” de l’excursion puisque le visiteur pénètre -de facto- dans l’autre Corée (voir infra).

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L’intérieur des baraquements des Nations-Unies où négocient les deux Corées est divisé également entre le nord et le sud. La frontière passe au milieu de la pièce, séparant aussi les tables et les chaises entre les deux pays. Lors des visites, toute la pièce est ouverte à la visite, mais des soldats se positionnent face à la porte opposée pour éviter d’entrer dans “l’autre Corée”.

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Une photo connue de la frontière à Panmunjom, côté sud.

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Vue de la dalle marquant la frontière depuis le baraquement des Nations-Unies, côté Corée du Nord. C’est à cet endroit que les dirigeants américain et nord-coréen se sont rencontrés.

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Dans la partie nord-coréenne de la DMZ, quelques mètres après la frontière, un message en faveur de la réunification de Kim Il-Sung, en date du 7 juillet 1994, soit la veille de sa mort.

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Le bâtiment où a été signé l’armistice entre les deux Corées en 1953 (DMZ nord-coréenne).

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Affiche en faveur de la réunification coréenne à l’entrée de la DMZ, côté nord.

IMGP7025Sortie de la DMZ en Corée du Nord, puis entrée sur l’autoroute qui relie Kaesong (8 km) et Pyongyang (170 km).

Le détroit d’Ormuz, interface multiscalaire

Le détroit d’Ormuz sépare le Golfe Persique/Arabique de l’océan indien. Il correspond à une cinquantaine de kilomètres entre l’Iran et Oman. En dépit de la faible superficie des eaux du Golfe, ce détroit est un enjeu politique majeur car il est le lieu de passage de nombreux tankers qui approvisionnent le reste du monde en hydrocarbures. Rappelons que la région concentre les 2/3 des réserves mondiales de pétrole et une part importante du gaz, notamment au Qatar.

Le détroit apparaît comme un lieu de rivalités de pouvoir à plusieurs échelles:

– à l’échelle locale avec le contrôle des navires à proximité des côtés iraniennes.

– à l’échelle régionale pour garantir la fluidité du trafic maritime (outre les hydrocarbures, le port de Dubaï devient l’un des principaux ports marchands de la mondialisation).

– à l’échelle mondiale où s’expriment les rivalités entre plusieurs acteurs étatiques: Etats-Unis/Iran; Arabie Saoudite/Iran; Arabie Saoudite/Qatar.

Pour le rappel des enjeux stratégiques, voir le lien suivant: https://information.tv5monde.com/info/iranetats-unis-le-detroit-d-ormuz-passage-strategique-sous-haute-tension-299669

 

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Le building Ormuz à Mascate (Oman).

Cette carte provenant d’un manuel scolaire de terminale illustre bien les rivalités de pouvoir dans la région:

https://www.lelivrescolaire.fr/manuel/3089983/geographie-terminale-s-2018/chapitre/3203448/methode/page/5086697/entrainement-au-baccalaureat-analyse-documentaire/lecon/document/5087443

Café géopolitique sur l’Inde à la bibliothèque Germaine Tillion le jeudi 20 juin à 18 heures

Le dernier café géopolitique de l’année 2018-19 portera sur l’Inde au lendemain des élections législatives et aura lieu le jeudi 20 juin à 18 heures à la bibliothèque Germaine Tillion.

L’intervenant est Jean-Luc RACINE, géographe, directeur de recherche émérite au CNRS.

Pour plus d’informations: https://quefaire.paris.fr/79823/cafe-geopolitique-l-inde

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Les frontières au centre des élections européennes du 26 mai: tour d’horizon des idées défendues en Europe

Les frontières apparaissent comme l’un des thèmes majeurs des élections européennes de dimanche. A l’instar de la période que nous vivons, où la déclaration d’un politique tend à se substituer à tort ou à raison à une vérité, où les informations sont plus diffusées que vérifiées, il m’a semblé utile d’analyser les propositions faites par quelques partis politiques européens dans le cadre de l’élection du 26 mai.

Depuis 2015 et la spectaculaire arrivée de près d’un million de personnes du Moyen-Orient, le thème des frontières est souvent évoqué, mais rarement analysé par des géographes ou des chercheurs en sciences humaines ou sociales. Laisser un tel thème au seul personnel politique est déjà en soi une erreur.

Car avant même d’envisager des solutions pour encadrer les flux migratoires, il conviendrait de s’interroger sur le sens des migrations dans la phase accélérée de la mondialisation que nous vivons. Pourquoi certains pays européens ont-ils favorisé une immigration lointaine (par exemple le Royaume-Uni avec ses anciennes colonies, notamment l’Inde et le Pakistan, mais aussi avec la Pologne et les Etats baltes) alors que d’autres comme précisément la Pologne ont privilégié une immigration régionale (Ukraine)? Traverser les frontières, c’est partir dans l’inconnu pour ceux qui se déplacent et recevoir l’inconnu pour ceux qui reçoivent. L’inconnu -et la méfiance, voire la peur qu’il génère- est à l’origine de la défiance d’une partie des Européens face aux migrations. Pourtant, traverser les frontières, c’est avant tout l’histoire de l’Humanité.

La mondialisation actuelle repose sur la recherche du bénéfice immédiat, y compris sur les salaires. A partir des années 1970, les Etats-Unis ont délocalisé une partie de leur production dans les villes mexicaines à leur frontière en développant le phénomène des maquiladoras. Lorsque la Chine s’est ouverte au début des années 1990, les entreprises américaines y ont délocalisé leur production, laissant le nord du Mexique dans une très grave crise économique et sociale dont ont profité les cartels de la drogue, faisant de certaine parties la frontière américano-mexicaine, une zone de non droit. Désormais, la Chine est concurrencée par d’autres Etats: le Bangladesh, le Pakistan, l’Ethiopie… où les salaires sont plus bas. Dans beaucoup de pays en voie de développement, gagner quelques dizaines d’euros par mois est la norme et apparaît comme le résultat des dérives de la mondialisation actuelle. Dans ces mêmes pays, une majorité de la population gagne moins de deux dollars par jour. Dans le même temps, rappelons que 1% de la population mondiale possède 50% de la richesse mondiale.

Dans ces conditions, beaucoup d’individus cherchent à s’expatrier (ou à migrer selon le vocabulaire), soit dans les Etats développés (Amérique du nord, Europe), soit dans des puissances régionales demandeuses (Golfe persique, Nigéria, Afrique du Sud…). Mais on voit bien le bout de la logique du court terme car si les salaires des pays émergents (Chine, Brésil, Russie, Inde) augmentent, l’essentiel de la production reviendra à des travailleurs d’état en voie de développement provoquant une crise sociale avec un chômage prévisible; si ces même salaires n’augmentent pas rapidement, il y aura des migrations accélérées avec une recrudescences de potentiels conflits entre populations.

Les enjeux frontaliers se posent donc à l’échelle mondiale. Les réponses politiques demeurent à l’échelle nationale. Et reposent parfois sur des contre-vérités qui font office de propositions.

Ainsi afin de diminuer l’arrivée des étrangers dans les pays européens, plusieurs partis politiques évoquent ouvertement l’idée de remettre en cause le droit d’asile.

Le droit d’asile n’a pas de lien avec l’immigration. Un étranger dont la vie est en danger peut demander à obtenir l’asile politique dans un autre Etat. Sa demande est alors instruite selon des règles qui ont été édictées par la Convention des Nations-Unies de Genève (1951).

https://www.unhcr.org/fr/convention-1951-relative-statut-refugies.html

Il ne s’agit pas d’une faveur mais d’un droit fondamental, ratifié par une majorité d’Etats qui ont toute liberté pour accorder le droit d’asile ou non à un individu. Ces partis réclament également la distinction entre réfugiés politiques et économiques. Cette distinction n’existe pas juridiquement: on est réfugié (on fuit son pays) ou on ne l’est pas.

En Italie, la Leganord, le parti de Matteo Salvini ne distingue pas l’accueil des réfugiés de l’immigration illégale. Le site du parti montre les affiches de campagne liant le résultat des élections européennes en Italie avec la possible nomination de Salvini au poste de premier ministre:

https://www.leganord.org/europee-2019

En Belgique, le parti Vlams Belang, qui milite pour l’indépendance de la Flandre a lancé une application qui dénombrerait le nombre de migrants entrant sur le territoire belge (Immigratie APP).

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Une autre idée-phare sur laquelle s’appuie plusieurs formations politiques est que les migrations contribueraient à appauvrir les populations locales. Cette idée ne résiste pas à l’examen de l’évolution politique et économique de ces dernières années: ce ne sont pourtant pas les migrations qui sont responsables de la politique libérale initiée dans les années 1980 aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et qui ont joué un rôle déterminant dans l’accroissement des inégalités entre Etats et à l’intérieur des pays développés. De même, les inégalités entre pays du nord et du sud de l’Europe sont le résultat d’une gouvernance plus sérieuse au nord (avec le recours à des populations immigrées) et celles entre l’ouest et l’est restent marquées par la période communiste. Il est à noter que la politique de rééquilibrage (qui représente 40% du budget de l’Union européenne) a permis à plusieurs Etats d’Europe orientale de recoller partiellement au niveau de vie de ceux de l’Ouest (avec comme point positif  une politique de grands travaux, avec comme point négatif pour les autres pays européens, la Politique Agricole Commune).

Rappelons qu’en matière de frontières, l’Union européenne a ratifié les accords de Schengen en 1985, qui reste le seul espace de libre-circulation des personnes, des biens et des marchandises au monde. Au cours de ces dernières années, Schengen a été largement critiqué et plusieurs partis politiques européens jouent sur l’idée d’une réintroduction des contrôles aux frontières, au risque d’entraver les circulations économiques et de limiter les déplacements. Le franchissement illégal des frontières (contrebandiers) existe avec ou sans Schengen et faire croire que rétablir le contrôle sur des points déterminés est assez naïf (un contrebandier passe souvent dans des champs ou des forêts).

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Panneau rappelant l’existence des chemins de contrebande sur le tripoint Belgique/Pays-Bas/Allemagne au début du XXème siècle.

Concernant les frontières externes de l’UE, ces mêmes partis politiques critiquent la “passoire” que serait Schengen, laissant croire qu’il est aisé pour un citoyen hors Schengen d’entrer sur le territoire européen. Rien n’est plus faux. Depuis plusieurs années, il est quasiment impossible d’obtenir un visa Schengen pour une personne issue d’un état en voie de développement sauf en cas de mariage ou en cas d’études (en France, l’augmentation récente des frais d’inscription à l’université pour les étudiants étrangers annihile de fait cette option). Chacun peut essayer de prendre contact avec un consulat d’un Etat africain ou asiatique pour s’en persuader et déconstruire cette idée-reçue. Reste l’entrée illégale, truffée de dangers (homicides, noyades, trafics d’êtres humains) qui est hautement risquée.

Depuis plusieurs années, les frontières apparaissent comme les coupables de la mondialisation, là où elles ne sont que son thermomètre. Elles sont utilisées par des partis politiques qui cherchent des réponses simplistes à des inégalités économiques et sociales croissantes. Ces partis n’hésitent pas à remettre en cause l’état de droit (Pologne, Hongrie, Italie…), parfois habilement en pointant des dysfonctionnements dans l’accueil des étrangers et en exploitant des faits divers. Mais à l’inverse, de l’autre côté de l’échiquier politique, des partis d’extrême gauche militent pour l’ouverture totale des frontières (l’utopie d’un monde sans frontières), ce qui remettrait en cause l’existence même des Etats. Entre zone de front ou espace ouvert, la frontière alimente les fantasmes des marginaux des démocraties européennes. La forme de frontière la plus pertinente reste l’interface, qui serait à la fois une zone de contact entre des ensembles politiques, économiques et culturels différents.

Les frontières, comme d’autres sujets politiques, sont avant tout l’expression de rivalités de pouvoir. Elles sont utilisées pour le meilleur et pour le pire par un personnel politique, parfois opportuniste, souvent impuissant à penser et à organiser les flux migratoires. Alors qu’il conviendrait d’envisager des solutions par une mutation économique et sociale se tournant vers un partage plus harmonieux des richesses à l’échelle mondiale (les individus souhaitent souvent travailler dans leur pays d’origine s’ils en ont le choix), les seules propositions envisagées résident dans la séparation accrue entre riches et pauvres (construction de murs) et dans la répression. Cela risque de ne rien régler, tout au plus de continuer à considérer les frontières comme un sujet politique à instrumentaliser.

 

 

 

Sri Lanka, l’ancienne limite de l’Elephant Pass

Pendant près de 26 ans (1983-2009), la guerre civile a divisé le Sri Lanka entre la majorité cinghalaise et les Tigres de Libération de l’Ilam tamoul (LTTE). Le nord a été coupé de l’île pendant une grande partie de cette période.

L’Elephant Pass, qui relie l’île principale à la péninsule de Jaffna (du nom de la grande ville du nord du pays) a été aux mains des Tigres tamouls entre 2000 et 2009, date de la libération par l’armée sri-lankaise.

Le terme “pass” met en avant ici le terme de passage plutôt que celui de col (comme pour le Khyber Pass par exemple) car l’Elephant Pass ne se trouve qu’à 2 mètres au-dessus du niveau de la mer.

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Monument commémorant la réunification de 2009 à l’Elephant Pass. Les mains du peuple portent à nouveau un Sri Lanka d’un seul tenant.

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La gare de l’Elephant Pass où passe trois fois par jour le train entre Colombo et Jaffna.

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Vue (partiellement cachée par les arbres, mais néanmoins visible) de l’Elephant Pass, séparé par deux bras de mer.