Entre Italie, Autriche et Slovénie, l’ unique montagne qui unit l’Europe latine, germanique et slave

A 1500 mètres d’altitude, dans le massif des Alpes Juliennes, se trouve le tripoint entre l’Italie, l’Autriche et la Slovénie. Il s’agit du seul point de contact entre Etats des trois principaux groupes linguistiques européens.

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Le lieu du tripoint entre l’Italie, l’Autriche et la Slovénie qui marque également dernière borne de la frontière longitudinale italo-slovène (n°519). Commence ensuite la dyade austro-slovène.

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La première borne italienne latitudinale de la frontière avec la Slovénie. En arrière-plan, d’autres massifs des Alpes Juliennes marquant également pour certains la frontière entre les deux Etats.

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A 1500 mètres d’altitude, le point de passage officiel entre la Slovénie (panneau: “attention, frontière d’Etat”) et l’Autriche. La clôture en bois matérialise la frontière. Plus haut, se trouve le tripoint. On aperçoit en arrière-plan une petite borne blanche qui est la deuxième borne de la frontière italo-slovène.

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Ce panneau autrichien traduit dans les trois langues (allemand, italien et slovène) se retrouve de manière identique des trois côtés du tripoint.

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Vue du sud de la Carinthie et sur la gauche de la ville de Villach. Sur la droite de la photo, on aperçoit le Faaker See. Cette région a été perdue en 1920 par les Slaves. Un plébiscite y a été organisé cette année-là pour décider de son rattachement à la nouvelle république d’Autriche ou au nouveau royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, qui devient Yougoslavie en 1929.

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Panneau autrichien (“attention, frontière d’Etat”) le long de la frontière avec la Slovénie. En dépit de son statut de frontière interne à l’espace Schengen et de l’altitude, la clôture électrifiée dissuade les passages hors des points “officiels”. A moins de ramper, ce qui est également faisable!

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Arrivée du télésiège en provenance de la vallée côté autrichien. Des vaches -parfois agressives- veillent. Il est donc tout à fait possible de passer d’Autriche en Slovénie sans contrôle, même lorsqu’une quatorzaine est imposée par l’un des deux Etats.

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Vue sur le Mt Mangart également frontalier avec l’Italie (côté slovène).

 

 

August 2nd, 1990: Iraq invaded Kuwait (2)/ 2 août 1990: l’Irak envahissait le Koweït (2)

Iraq and Kuwait were part of the Ottoman Empire, then under British mandate after World War I. Iraq became independent in 1932, Kuwait in 1961. Iraqian authorities felt Kuwait needed to be integrated into their territory as it was part of the wilayet of Basra during the Ottoman period. When hydrocarbons were discovered in Kuwait (an estimated 10% of world reserves), the Iraqi interest was even more evident. An important part of Kuwaiti oil is located close to Warbah and the Bumbiyan islands, which are close to the Iraqi border. Furthermore, the Iraqi coast is only 19 km long and this tiny opening towards the Arabian/Persian Gulf is a drawback for the development of trade. And in 1990, while Iraq was ruined, Sadam Husein’s regime wanted to control the price of oil barrel by conquering Kuwait (in that case, Iraq would have controlled about 20% of world oil production). During the first days of the invasion, the Iraqi army engaged in massive looting.

L’Irak et le Koweït ont été des territoires de l’empire ottoman, puis ont été placés sous mandat britannique après la Première Guerre mondiale. L’Irak obtient son indépendance en 1932, le Koweït en 1961. Les autorités irakiennes considèrent que le Koweït doit être intégré à leur Etat car il faisait partie du wilayet de Bassorah pendant la période ottomane.La découverte d’hydrocarbures au Koweït (10% des réserves mondiales) a aiguisé les revendications irakiennes. Une partie importante des réserves koweitiennes se trouve près des îles de Warbah et de Bumbiyan à proximité de la frontière irakienne. De plus, le littoral irakien n’a qu’une minuscule ouverture sur le Golfe persique/arabique (19 km), ce qui pénalise le pays pour son développement commercial. Enfin, l’Irak de 1990 est ruinée et le régime de Saddam Hussein pense pouvoir contrôler le prix du baril de pétrole en s’emparant du Koweït (au total, l’Irak contrôlerait alors 20% de la production du pétrole mondial). Au cours des premiers jours de l’invasion, l’armée irakienne se livre d’ailleurs à des pillages massifs.

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View of the Kuwait Towers on Arabian Gulf Street. They are the symbol of the town and were built in the seventies by a Yugoslav firm (October 2017).Vue des Kuwait Towers sur Arabian Gulf Street. Elles sont le symbole de la ville et ont été construites dans les années 1970 par une firme yougoslave (octobre 2017)

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The Memorial Museum was inaugurated in 2017 in Al Shaheed Park, which is a large green belt crossing the city from west to east. Inside, the Gulf War is only present through this place of remembrance. It is also possible to listen to testimonies from those who lived through the invasion and the occupation, though it is only available in Arabic (October 2019)/

Le Memorial Museum a été inauguré en 2017 dans le parc Al Shaheed qui est une grande coulée verte traversant une partie de la ville d’ouest en est. La place de la guerre du Golfe y est très réduite avec seulement ce lieu de recueillement. On peut aussi entendre des témoignages de personnes ayant vécu l’invasion et l’occupation, mais ils sont seulement en arabe (octobre 2019)

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View of the Green Belt of Al Shaheed close to the business district, which is under construction. Contrary to other countries in the region (Qatar, Bahrein, Emirates Arab United), the development of Kuwait was stopped by the Gulf War (October 2019)/

Vue de la coulée verte d’Al Shaheed à proximité du quartier d’affaires en cours de construction. Le développement du Koweït a été stoppé par la guerre du Golfe et d’autres pays de la région (Qatar, Bahreïn, Emirats arabes unis)  (octobre 2019).

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The city of Kuwait City remains largely under construction, without any coherence evident city planning (October 2019)/

La ville de Koweït City reste encore largement à l’état de construction, sans cohérence entre les quartiers. (octobre 2019).

IMG_2003 In 2017, Kuwait inaugurated a 36 km long bridge between the cities of Kuwait City and Subiyah, close to border islands with Iraq. This project, worth close to 3 billion US dollars, is due to link these wealthy oil fields claimed in the past by neighbouring Iraq/

En 2017, le Koweit a inauguré un pont d’une longueur de 36 km entre la ville de Koweït City et Subiyah, près des îles frontalières avec l’Irak. Ce projet de près de 3 milliards de dollars a aussi pour but d’arrimer ces territoires riches en pétrole et autrefois revendiqués par le voisin irakien (octobre 2019).

Concernant la construction du pont, voir ce lien de l’Agence France Presse: https://www.youtube.com/watch?v=BmsWADknlpI

 

August 2nd, 1990: Iraq invaded Kuwait (1)/ 2 août 1990: l’Irak envahissait le Koweït (1)

At the end of the Iran-Iraq war, Iraqi leader, Saddam Husein, asked other states of Arabic peninsula, particularly neighbouring Kuwait, to cancel Iraqi debts made during the war. He thought Iraq impeached Iranian expansion in the rest of the Iranian peninsula/ A l’issue de la guerre Iran-Irak, le dirigeant irakien Saddam Hussein demande des frais de réparation de guerre aux Etats de la péninsule arabique, et notamment au Koweït voisin. Il estimait que l’Irak s’était interposé face à l’Iran et avait ainsi évité une extension de la révolution iranienne à la péninsule arabique.

After Kuwait refused to pay, especially during some tense discussions in Saudia Arabia, Saddam Husein- in a surprise move- invaded Kuwait at dawn on August 2nd. In a few hours, the emirates were under Iraqi control and remained so till its liberation by an international coalition led by the United Nations and the United States on February 26th 1991/ Après le refus de l’émirat de payer, notamment lors de négociations tendues en Arabie saoudite, Saddam Hussein décide à la surprise générale d’envahir le Koweït au petit matin du 2 août 1990. En quelques heures, l’émirat est sous contrôle irakien et le reste jusqu’au 26 février 1991, jour où la coalition internationale sous l’égide de l’ONU et menée par les Etats-Unis entre dans Koweït City.

Excerpt from the televised news on Antenne 2 (future France 2) of August 13th, 1990/ Extrait du journal télévisé d’Antenne 2 (futur France 2) du 13 août 1990.

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On the highway between Kuwait City and the Iraqi border, the only restaurant : a Burger King (October 2017)/ Sur l’autoroute entre Koweït City et la frontière irakienne, le seul restaurant: un Burger King (octobre 2017).

IMG_2403Panel on the highway between Kuwait City and the Iraqi border (October 2017)/ Panneau sur l’autoroute entre Koweït City et la frontière irakienne (octobre 2017)

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On the highway between Kuwait City and the Iraqi border (about 100 km). It bears the name of former Kuwaiti emir who was in power at the time of the invasion, Jaber Al Ahmad Al Jaber Al Sabah. Every 10 kilometers, a panel indicates the distance from Iraq (October 2017)/ Sur l’autoroute reliant Koweït City à la frontière irakienne (environ 100 km). Elle porte le nom de l’émir du Koweït en place au moment de l’invasion, Jaber Al Ahmad Al Jaber Al Sabah. Tous les 10 kilomètres, un panneau rappelle la distance avec l’Irak (octobre 2017).

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Fresco riddled with bullets representing Saddam Husein in Kuwait City (October 2017)/ Fresque criblée de balles représentant Saddam Hussein à Koweït City (octobre 2017).

 

Tourisme, grillages et barbelés à la frontière slovéno-croate

Suite du tour le long de la Kolpa, sur la frontière slovéno-croate avec ces grillages et barbelés construits dans une région touristique. De nombreux Slovènes viennent camper une nuit ou s’y promener.

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Campeurs face à la rivière Kolpa et aux grillages séparant la Slovénie de la Croatie.

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Les grillages ont des ouvertures côté slovène pour permettre aux touristes de se baigner dans la Kolpa. Beaucoup d’entre elles restent ouvertes, ce qui rend l’installation des grillages de facto inutiles.

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Grillages à l’entrée du village de Dol. Au fond, la rivière Kolpa qui marque la frontière avec la Croatie. Un camping-également entouré de grillages- se trouve à proximité.

Sur la rivière Kolpa, l’Union européenne a validé la fortification de sa frontière avec les Balkans

Longue d’environ 650 km, la frontière entre la Slovénie et la Croatie est l’une des plus anciennes d’Europe (XIII ème siècle), à l’exception de l’Istrie. Simple limite entre républiques yougoslaves avant 1991, elle est depuis l’entrée de la Slovénie dans l’espace Schengen, l’une des frontières les plus surveillées en Europe.

A l’automne 2015, cette frontière est traversée par de nombreux réfugiés et migrants principalement venus du Moyen-Orient. Le gouvernement slovène de l’époque dirigé par le centre-gauche décide alors de construire une barrière controversée pour empêcher les passages clandestins sur la rivière Kolpa, principalement entre les 12 km qui séparent les villages de Fara et de Dol.

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Barbelés à Spodnja Bilpa. On y aperçoit le panneau slovène indiquant la sortie de l’Etat: “Pozor, drzavna meja”, ” attention, frontière d’Etat”.

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Le long de la route à proximité de Dol.

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Le long de la route à proximité de Fara.

25 years after Srebrenica, the unchanged borders of Bosnia and Hercegovina/25 ans après Srebrenica, les frontières inchangées de la Bosnie-Herzégovine

Twenty-five years ago, Serbian paramilitaries, under the command of General Mladic, massacred Muslim men in the town of Srebrenica near the Serbian border.  This crime has remained one of the symbols of the Yugoslav wars of the 90s, especially in Bosnia and Herzegovina. In March 1992, this former Yugoslav republic declared itself independent while its population had different ethnic (Serbian, Croatian & Muslims) and religious (Orthodox, Catholic, Muslim) origins.
Muslims are a nationality  indigenous to Bosnia and Herzegovina, created in 1971 by the Yugoslav communist power in order to limit the antagonisms between Serbs and Croats. But the proclamation of independence in 1992 prompted Serbian and Croatian nationalists to carve up Bosnia and Herzegovina, share it and enlarge Serbia and Croatia. Muslims were therefore caught, Sarajevo was besieged in April 1992 and numerous civilian massacres took place all over the republic. Captured in 2011 and tried in 2017 by the International Criminal Tribunal for Yugoslavia (ICTY), Mladic was sentenced to life imprisonment.

Il y a 25 ans, les paramilitaires serbes, sous le commandement du général Mladic, massacraient les hommes de la ville majoritairement musulmane de Srebrenica à proximité de la frontière serbe. Ce crime est resté comme l’un des symboles des guerres yougoslaves des années 1990, notamment en Bosnie-Herzégovine. En mars 1992, cette ancienne république yougoslave se déclare indépendante alors que sa population a différentes origines ethniques (serbe, croate, musulmane) et religieuses (orthodoxe, catholique, musulmane).

Les Musulmans sont une nationalité spécifique à la Bosnie-Herzégovine, créée en 1971 par le pouvoir communiste yougoslave afin de limiter les antagonismes entre Serbes et Croates. Mais la proclamation d’indépendance de 1992 incite les nationalistes serbes et croates à dépecer la Bosnie-Herzégovine pour se la partager et agrandir la Serbie et la Croatie. Les Musulmans sont dès lors pris en étau, Sarajevo est assiégée dès avril 1992 et de nombreux massacres de civils ont lieu un peu partout dans la république. Capturé en 2011 et jugé en 2017 par le Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie (TPIY), Mladic a été condamné à la réclusion à perpétuité.

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From July 11 th 1995, all men (from 13 years of age) were separated from women and children and taken to buses in the vicinity of Srebrenica. General Mladic had confirmed on television that the intentions of his troops were peaceful (see video below). More than 8,000 of them were found in mass graves. Some very rare
survivors testified before the International Tribunal for the former Yugoslavia in The Hague.

For more than three years, war raged in Yugoslavia (siege of Sarajevo in particular), under the amorphous and helpless eyes of the EEC (European Economic Community).

A partir du 11 juillet 1995, tous les hommes (à partir de 13 ans) ont été séparés des femmes et des enfants et emmenés dans des cars dans les environs de Srebrenica. Le général Mladic avait certifié devant les caméras de télévision que les intentions de ses troupes étaient pacifiques (voir la vidéo ci-dessous). Plus de 8000 d’entre eux ont été retrouvés dans des fosses communes. Certains très rares survivants ont témoigné devant le Tribunal International pour l’ex-Yougoslavie à la Haye.

Depuis plus de trois années, la guerre faisait rage en Yougoslavie (siège de Sarajevo notamment), sous les yeux amorphes et impuissants de la CEE (Communauté Economique Européenne).

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In July 1995, Srebrenica was then a UN enclave protected by 400 Dutch soldiers. The latter did not fight against the Serb forces and gave up protecting the enclave. On the memorial site, some insulting and hateful inscriptions towards the Muslim populations of Bosnia and Herzegovina are visible in the photo above. Twenty-five years after the
genocide, the attitude of the Dutch soldiers remains a question.

En juillet 1995, Srebrenica est alors une enclave onusienne protégée par 400 soldats hollandais. Ces derniers ne combattent pas face aux forces serbes et renoncent à protéger l’enclave. Sur le site mémoriel, certaines inscriptions injurieuses et haineuses envers les populations musulmanes de Bosnie-Herzégovine sont visibles comme sur la photo ci-dessus. Vingt-cinq années après le génocide, l’attitude des soldats hollandais pose toujours question.

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Photo of a tourist poster in a travel agency in Sarajevo (May 2018). Mass tourism, which  benefits Sarajevo and Mostar, who do not hesitate to use the Srebrenica genocide  as a consumer good.

8372… number of deaths which is not definitive….

 

Photo d’une affiche touristique dans une agence de voyages à Sarajevo (mai 2018). Le tourisme de masse, qui touche Sarajevo et Mostar, n’hésite pas à transformer le génocide de Srebrenica en un bien de consommation.

8372… nombre de morts qui n’est pas définitif….

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Disneylandisation of a memorial place: the site of Srebrenica. Here a t-shirt sold to visitors (May 2017).

On retrouve cette forme de “disneylandisation” d’un lieu mémoriel sur le site de Srebrenica. Ici, un tee-shirt vendu aux visiteurs (mai 2017).

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Wall inscription in Mostar “no forgetting, no forgiveness”.

Inscription murale à Mostar “pas d’oubli, pas de pardon”

 

Close to the border with Italy, Slovenia still celebrates Tito/ Près de sa frontière avec l’Italie, la Slovénie célèbre toujours Tito

IMG_5503Tito the name written on the mountain around Branik village: near Nova Gorica neighbour to the castle of Rihemberk on the right, which was blasted by the Partisans in July 1944.

L’inscription de Tito gravée dans la montagne autour du village de Branik près de Nova Gorica. Le château de Rihemberk à droite a été dynamité par les Partisans en juillet 1944.

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Forty years after his death and nearly thirty after the collapse of Yugoslavia, the name Tito endures alive in the landscape of the border. As for Italians, the inscription is seen as a protest after Trieste was unintentionally  seeded by Yugoslavs to them. The neighbouring city of Nova Gorica (population 20 000) was built facing its Italian counterpart in 1947 as a model of Yugoslav communism.

Quarante ans après sa mort et près de trente ans après la désintégration de la Yougoslavie, le nom de Tito reste imprégné dans le paysage de la frontière. L’inscription est vue depuis la partie italienne, comme une protestation à la restitution de Trieste aux Italiens en 1945. La ville voisine de Nova Gorica (20 000 habitants) a été construite face à la ville italienne de Gorizia en 1947 pour en faire une vitrine du communisme yougoslave.

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The facade of a house in the village of Kobilj between Nova Gorica and Sezana: “we do want Tito”

Façade d’une maison dans le village de Kobdilj entre Nova Gorica et Sezana “nous voulons Tito”.

S’informer sur la réouverture des frontières

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Conseils pour le port du masque à l’entrée de Hong Kong (Chine).

 

Dans le contexte de déconfinement de nombreux Etats et de réouvertures des frontières, beaucoup d’informations parfois contradictoires, parfois surprenantes circulent, mais dans tous les cas, il s’agit d’une situation mouvante.

Il est donc bien difficile d’avoir un regard précis sur l’ouverture des frontières. Quelques constats s’imposent néanmoins:

  • Les frontières françaises sont de nouveau ouvertes depuis le 15 juin. Comme les frontières des Etats limitrophes le sont également, on peut entrer et sortir de France facilement. Seule exception notable: le Royaume-Uni qui impose -pour le moment- une quatorzaine. A noter que l’Espagne n’ouvrira sa frontière avec la France que le 21 juin.
  • Les frontières de l’espace Schengen sont à géométrie variable et il s’agit là, d’un gros casse-tête car la liberté de franchissement de la frontière tient surtout compte de la nationalité, ce qui est illégal pour des citoyens de l’espace Schengen. Aucun Etat faisant partie de l’espace Schengen ne peut interdire l’accès à un autre citoyen de l’espace Schengen à partir du moment où la frontière est ouverte. Or, le Danemark, la Finlande, Malte, la Slovénie, la République tchèque opèrent cette discrimination. Ainsi à l’heure actuelle, un Français peut aller facilement en Serbie sans quatorzaine, Etat hors Union européenne et hors Schengen, mais pas en Finlande ou en République tchèque.
  • Il faut distinguer droit d’entrée et absence de formalités: certains Etats acceptent l’entrée sur leur territoire, mais au prix de contraintes lourdes (quatorzaine scrupuleusement respectée sous peine de fortes amendes ou de peines de prison). De même, certains points de passage pourraient être contrôlés et former des files d’attente, ralentissant ainsi les mobilités. Ceci est particulièrement vrai dans les régions de fortes densités frontalières (Belgique/Luxembourg/Allemagne/ France; Suisse/Liechtenstein/Autriche…).
  • Il est théoriquement possible de sortir de l’espace Schengen pour peu que l’on accepte ces fortes contraintes (Hong Kong permet l’arrivée de plusieurs nationalités européennes sur son territoire mais impose une stricte quatorzaine dont le coût est à la charge du voyageur). Néanmoins, la majorité des Etats asiatiques ne permet pas actuellement l’entrée aux ressortissants européens (le Cambodge étant pour l’heure une exception).
  • Certaines contraintes ne sont pas applicables pour les diplomates et les hommes d’affaires, montrant ainsi la prioritisation de nombreux Etats quant à la réouverture de leurs frontières.

Le site Conseil aux voyageurs est sérieusement actualisé pour le franchissement des frontières à l’heure actuelle: https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/

 

Les accords de Schengen malmenés

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Ancienne douane entre Lendava (Slovénie) et Lenti (Hongrie).

La fermeture des frontières européennes avait été ordonnée dans le désordre en mars, l’ouverture se passe de la même manière.  Alors que les Etats de l’Union européenne auraient pu montrer un signe d’unité en s’accordant sur une réouverture concertée, chaque Etat agit en solitaire, amplifiant ainsi la division dans la gestion de la crise sanitaire du coronavirus.  Le président français Emmanuel Macron a pu se réjouir d’un accord avec l’Allemagne pour que l’UE adopte un fonds de relance de 500 milliards d’euros pour aider les pays les plus touchés par la pandémie, il n’empêche que la gestion de la crise sanitaire a été plus nationale qu’européenne. Les frontières n’ont pas fait exception.

Les frontières de l’espace Schengen déjà sous tension avant la crise du coronavirus

L’espace Schengen est le seul espace de libre-circulation des personnes, des biens et des marchandises au monde. Tous les Etats de l’UE n’en font pas partie (Croatie, Roumanie, Bulgarie, Irlande…) et certains Etats hors UE en font partie (Islande, Norvège, Suède). Au cours de ces dernières années, il a parfois été contesté pour faciliter les flux migratoires entre Etats européens et a créé des divisions Nord/Sud entre les Etats les plus exposés à l’arrivée des migrations (Grèce, Italie, Espagne, Malte) et ceux qui sont susceptibles de les accueillir (Allemagne, Royaume-Uni, Suède) mais aussi des divisions Ouest/est entre des Etats récepteurs des flux migratoires (Royaume-Uni, Italie, Espagne, France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas) et ceux qui s’y refusent (les anciens pays de l’Est).  La principale source de tensions résidait alors dans la gestion des frontières externes, les pays en première ligne des migrations se sentant abandonnées –à juste titre- par les autres Etats européens. Du fait des accords de Dublin (demande du droit d’asile dans le pays d’arrivée de l’espace Schengen), les pays du pourtour méditerranéen doivent faire face à un afflux non maîtrisé qui créé des tensions avec les populations locales (comme sur l’île de Lesbos avec le camp de Moria).

Une réouverture davantage marquée par des considérations économiques que sanitaires

On le dit assez peu mais l’espace Schengen est avant tout un espace de liberté pour les populations : garantie de vivre dans des Etats de droit, développement économique avancé, politique sociale parmi les plus performante au monde et ce en dépit de différences entre Etats. La liberté de se déplacer d’un Etat à un autre sans formalité est une exception mondiale et les retrouvailles entre frontaliers sont largement médiatisées depuis plusieurs jours. Cette notion de liberté de déplacement à l’intérieur d’un espace européen est mise au second plan par rapport aux enjeux économiques : là, les frontières grecques doivent ouvrir pour la « saison touristique » (ou l’art de transformer l’idée de voyager en pure activité économique), là, les frontières espagnoles qui s’apprêtent à en faire de même in extremis fin juin pour « sauver la saison ». Mais de liberté, il en est finalement assez peu question.

L’espace Schengen et le rapport inquiétant à l’Etat de droit

Plus inquiétant que la réouverture des frontières en ordre dispersée ou la prédominance de l’économie sur nos libertés, plusieurs Etats européens sont en infraction avec les accords de Schengen. Si certains pays ont la possibilité de contrôler leurs frontières pour une période limitée, ils ne peuvent en aucun cas privilégier l’accès à de nationalités de l’espace Schengen au détriment d’autres. Un Etat membre de Schengen a le droit de laisser entrer les personnes qu’il souhaite sur son territoire, mais ne peut pas s’avérer discriminant pour des citoyens membres de l’espace Schengen. Le refus du Danemark d’accepter les Suédois ou les Français, la création dès mai d’un mini espace balte ou mieux le refus des Slovènes de soumettre les Italiens à une quatorzaine sauf ceux de la province frontalière de la Vénétie-Julienne jusqu’au 14 juin sont illégaux au regard des accords de Schengen. Un citoyen discriminé peut dès lors saisir la Cour européenne de justice au Luxembourg et faire condamner l’Etat en question. En attendant, la Commission européenne qui avait pourtant déclaré dès le mois de mars être attentive sur ce point, reste silencieuse, sans doute pour ne pas donner une preuve supplémentaire de division.

Les frontières apparaissent moins comme un problème que comme un baromètre des tensions politiques. Aux enjeux migratoires et la gestion des frontières externes, s’ajoute désormais une lecture nationale où les Etats cherchent à se réapproprier leurs frontières internes. Des formations politiques, notamment à l’est de l’Europe mais pas uniquement, pourraient être tentées d’ utiliser ce thème à des fins électorales et remettre en cause l’un des grands acquis de la construction européenne.

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Frontière dans le doublet-frontalier de Valka (Lettonie)/Valga (Estonie).

Au Royaume-Uni, les fantômes de la Guerre froide ressurgissent

Dans le concert désordonné des formalités actuelles aux frontières, le Royaume-Uni se distingue en demandant aux candidats à l’entrée sur le territoire britannique s’ils viennent d’Etats qui n’existent plus comme la Tchécoslovaquie, la République démocratique allemande (RDA), l’Union soviétique ou la Yougoslavie.

En attendant la désintégration du Royaume-Uni?

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Questionnaire d’entrée au Royaume-Uni.