La carte de l’Europe du programme de François Fillon (prochain président de la République?)

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Panneau matérialisant l’une des anciennes limites entre la RFA et la RDA.

Dimanche dernier, François Fillon a fait un pas majeur vers l’investiture des Républicains pour l’élection présidentielle du printemps prochain. Beaucoup d’observateurs ont expliqué sa réussite par son image de candidat sérieux et déterminé. La lecture de son programme nuance un peu le propos. Pour y accéder, rien de plus simple, il suffit de se connecter sur le site du candidat, on se retrouve alors face à un vaste choix d’options pour découvrir le projet du candidat. Un de ces choix « Pour vous, mon programme en 50 mots » est présenté sous forme d’abécédaire. A celui de « frontière », le lecteur découvre une carte de l’Europe qui ne correspond pas à celle que l’on peut attendre d’un futur président de la République : une Allemagne encore divisée (elle qui est si souvent prise en exemple), une ex-Yougoslavie qui n’a pas fini son démembrement (est-ce par volonté de s’ouvrir à la Russie de Poutine que le Monténégro et le Kosovo restent dans le territoire serbe ?), une Istrie que l’on devine même revenue à l’Italie comme dans l’entre deux-guerres. A ces fâcheuses erreurs cartographiques s’en suivent des contradictions : le programme mentionne -en caractères gras- que « l’adhésion à la Turquie n’est ni possible, ni souhaitable parce que ce grand pays n’en partage ni la géographie, ni les valeurs, ni le patrimoine historique ». Or, la carte du programme de M. Fillon représente une Turquie incluse dans l’espace européen… En revanche, la Russie avec laquelle M. Fillon veut s’associer dans le cadre d’une stratégie diplomatique au Moyen-Orient, n’existe plus. L’Europe de De Gaulle, celle de l’Atlantique à l’Oural est bien loin…

Pour la carte, voir le lien suivant: http://fr.calameo.com/read/00491588244d1ca56f494

La carte a été remplacée dans la soirée du 23 novembre.

Mais, elle a été reprise par le Quotidien (Luxembourg),voici à quoi elle ressemblait:

Sur le programme de Fillon, une Allemagne divisée et un Luxembourg inexistant

 

 

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Construire un mur de 3500 km du Pacifique au golfe du Mexique

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La victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine devrait voir se concrétiser l’une de ses promesses phares: la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique.

Si une campagne électorale est marquée par des promesses -parfois simplistes et irréalisables- Trump peut-il vraiment construire un mur d’une telle longueur? Et à quel coût?

Hormis la Muraille de Chine, aucun mur de cette taille n’a été construit. Les exemples actuels ou passés concernent des murs de plusieurs centaines de kilomètres (environ 750 entre Israël et la Cisjordanie, 260 entre les deux Corées, 180 km à Chypre). Seul le Mur des Sables au Sahara occidental (2700 km) est d’une longueur comparable, mais son apparence n’a rien d’une séparation homogène. Il ressemble à l’actuelle barrière entre les Etats-Unis et le Mexique. Tous ces terrains se caractérisent par des rivalités de pouvoirs entre des acteurs qui revendiquent une partie d’un territoire et qui apparaissent souvent comme la conséquence de conflits plus anciens. Ce ne serait pas le cas pour les Etats-Unis.

Reste évidemment le cas du Rideau de Fer. L’addition des kilomètres séparant les Etats de l’Ouest ou neutres (comme la Finlande) et ceux de l’Est dépassait la longueur de la frontière américano-mexicaine. Mais, le Rideau de Fer était l’assemblage de différentes politiques nationales plus ou moins rigides: entrer ou sortir de Hongrie à partir des années 1970 était plus aisé que l’accès à l’Union soviétique.

Mais surtout, l’objectif de ces murs est davantage de limiter ou d’interdire les flux de populations que de contrecarrer une immigration illégale qui pourra toujours emprunter des voies maritimes ou les nombreux tunnels déjà construits comme le montre un précédent lien du blog:

https://beyondborderlines.wordpress.com/2016/04/29/us-mexico-border-trumps-wall-above-tunnels/

Le problème majeur de cette frontière est le trafic de drogue, notamment depuis une dizaine d’années avec le poids des cartels des grandes villes du nord comme Tijuana, Ciudad Juarez ou Monterrey. Un mur n’empêchera pas le trafic de drogue de prospérer de part et d’autre de la frontière.

Voir également un précédent lien sur le sujet (notamment la partition de propriétés aux Etats-Unis par la barrière déjà construite):

https://beyondborderlines.wordpress.com/2016/07/12/us-mexico-wall-two-short-documentaries-from-the-atlantic/

Fait inédit donc pour la longueur, et par conséquence pour le coût.

Au-delà des déclarations péremptoires, construire un mur représente un investissement considérable, mais plus encore, il s’agit de l’entretenir, de le sécuriser avec un personnel nombreux et des technologies de pointe (et un jour, il faudra le détruire, ce qui coûte tout aussi cher!).

Pour l’heure, voici la stratégie du président élu: https://www.donaldjtrump.com/policies/immigration/

L’idée est de faire payer le mur aux Mexicains. Si le gouvernement mexicain refuse, en vertu du Patriot Act (au départ destiné à lutter contre le terrorisme qui à priori ne vient pas d’Amérique latine), la nouvelle administration reverra les conditions de transfert d’argent entre le Mexique et les Etats-Unis (le candidat Trump estime que les Mexicains des Etats-Unis reçoivent 24 milliards de dollars par an par des transferts d’argent et qu’en l’absence de sécurité sociale viable au Mexique, Mexico n’aurait pas d’autre choix que de financer de lui-même le mur).

D’autres pistes sont évoquées pour le financement: revoir les tarifs douaniers, augmenter les frais de passage des frontières terrestres (actuellement de 6 dollars avec le Mexique et le Canada), limiter le nombre de visas aux Mexicains et de cartes vertes qui permettent d’accéder sous conditions à la citoyenneté américaine.

Il n’en reste pas moins que le coût du mur précis n’est jamais abordé. Dans différentes interviews auprès des médias américains, Trump a d’abord évoqué 2 millions de dollars.

Voir les différentes estimations de Trump dans le programme très connu aux Etats-Unis, Last Week Tonight de John Oliver:

1’48: 4 milliards, le 14 septembre 2015 sur CNN (“ils disent qu’il coûte 10 milliards, cela veut dire 4 milliards”(!)

2’16: 6-7 milliards, le 8 novembre 2015 à l’émission Meet the Press

2’18: 8 milliards, le 9 février 2016 sur MSNBC

2’20: 10 milliards,  le 29 février 2016 sur Fox News

2’24: 10 milliards, peut-être 12, à Bentonville (Arkansas) sur Fox News

Le 11 février 2016, le Washington Post estimait que le mur pourrait coûter 25 milliards de dollars.

Il est difficile d’évaluer ce que  pourrait coûter une telle construction car les Etats communiquent peu sur ce type de dépenses. Le mur est une réponse médiatique efficace pour rassurer la population, mais peu de travaux En Israël, la construction du mur aurait coûté 2 millions d’euros par kilomètre, soit entre 1,6 et 2,2 milliards de dollars.

Au Sahara occidental, le Maroc dépenserait environ 2 millions de dollars par jour pour l’entretien du mur. A l’automne 2015, la Slovénie a construit une clôture sur une partie de sa frontière avec la Croatie et le kilomètre revenait à 120 000 euros. Mais il s’agissait de barbelés et avec une surveillance moindre. Le coût du mur dépend aussi en grande partie des matériaux utilisés, de ses apports technologiques et de la quantité du personnel employé.

Il est paradoxal que les Etats-Unis s’orientent vers la construction d’un mur face au Mexique alors qu’ils ont développé à partir des années 1970 le phénomène des maquiladoras, ces entreprises américaines installées juste de l’autre côté de la frontière pour bénéficier d’une main- d’oeuvre bon marché. Les villes comme Tijuana, Mexicali, Ciudad Juarez, Nogales, Nuevo Laredo, Matamoros se sont développées grâce à la frontière. La délocalisation d’une partie de la production américaine vers les pays asiatiques dans les années 1990 a plongé le nord du Mexique dans une crise profonde facilitant l’émergence des cartels.

 

 

 

 

 

 

 

The Washington Post reflects about borders

 

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The wall between Israël and the West Bank

Here is a very interesting reflection about the evolutions of border from The Washington Post.

The Washington Post has lately published a series of reports about the evolution of borders in the world since the President Elect Donald Trump has promissed to build a massive wall with Mexico.

Below are the three parts:

1st part, raising Barriers: https://www.washingtonpost.com/graphics/world/border-barriers/global-illegal-immigration-prevention/

2nd part, the refugees in Europe: https://www.washingtonpost.com/graphics/world/border-barriers/europe-refugee-crisis-border-control/

3rd part:Concrete Divisions (on the US-Mexican border): https://www.washingtonpost.com/graphics/world/border-barriers/us-mexico-border-crossing/

Frontières ouvertes, frontières fermées/Open borders, closed borders

Une frontière est une limite entre deux Etats et s’inscrit dans un temps donné. Elle peut être modifiée sur le plan territorial, mais également dans ses modalités de franchissement/ A border separates two states and is available for a specific period of time. Procedures can also differ from one time to another.

A l’heure où la question des frontières revient en force dans l’actualité, voici quelques exemples de frontières récemment fermées, qui sont désormais ouvertes. A l’inverse, certaines pouvaient être fermées et ont été ouvertes. Enfin, avec l’indépendance d’une trentaine d’Etats depuis 1991, de nouvelles frontières sont apparues/At a time when the border issue is back in the news, you will find here some examples of recently closed borders, which are now open. In the contrary, some of them which were closed closed finally opened. And with the independence of thirty states since 1991, new borders have logically emerged.

La frontière entre la Russie et l’Estonie à Narva (Estonie)/ The border between Russia and Estonia in Narva (Estonia).

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La Russie et l’Estonie ont fait partie de l’Union soviétique jusqu’en 1991. Après la dislocation du pays, le fleuve Narva (sur la photo) a constitué une nouvelle frontière entre la ville estonienne de Narva (sur la droite) et la russe d’Ivangorod (sur la gauche). Il s’agit également d’une limite externe de l’Union européenne (depuis 2004) et de l’espace Schengen (depuis 2007)/ Russia and Estonia were part of the Soviet Union until 1991. After the breakup of the country, the Narva River (on the picture) was a new border between the Estonian town of Narva (on the right) and the Russian one of Ivangorod (on the left). Here is also an external limit of the European Union (since 2004) and of the Schengen area (since 2007).

Voir cet article du Monde publié le 13 mai 2014: http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2014/05/13/les-frontieres-invisibles-de-narva_4415822_3214.html

La frontière entre la Hongrie et la Slovénie: l’un des nombreux exemples de l’ouverture du Rideau de Fer/ The border between Hungary and Slovenia: one of the many examples of the opening of the Iron Curtain.

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Cette route n’existait pas du temps du Rideau de Fer, elle est située à l’ouest de Szengotthard (Hongrie). Les panneaux hongrois (en vert) et ceux marquant l’entrée en Slovénie (à droite) montrent qu’il n’y a aucun contrôle entre les deux pays. Membres de l’Union européenne depuis 2004 et de l’espace Schengen depuis 2007, la Hongrie et la Slovénie ont une frontière complètement ouverte, sans contrôle pour les personnes, les biens et les marchandises. L’arrivée massive de réfugiés/migrants a réintroduit les contrôles à certains moments/ This route didn’t exist at the time of the Iron Curtain, it is located west of Szengotthard (Hungary). Hungarian panels (green) and those marking the entry into Slovenia (right) show that there is no control between the two countries. Both countries have been EU members since 2004 and of the Schengen area since 2007, Hungary and Slovenia have a completely open border.

Berlin, ancienne ville divisée/ Berlin, a former divided city.

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Vue des restes du Mur à proximité de la Bergstrasse/ View of the Wall around Bergstrasse.

Mitrovica (Kosovo): une ville autrefois unie désormais divisée/ Mitrovica (Kosovo): a town united in the past, now divided.

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Vue du pont sur la rivière Ibar séparant les parties serbe et albanaise (au fond). Bien que sa traversée soit libre, peu de Serbes et d’Albanais se mélangent. Le Kosovo est indépendant depuis 2008 et les Serbes qui se trouvent majoritairement dans le nord et dans quelques enclaves ne veulent pas faire partie d’un Etat peuplé très majoritairement d’Albanais/ View of the bridge over Ibar river which separates the Serbian and Albanian parts (background). While this crossing is free, few Serbs and Albanians cross the bridge. Kosovo has been independent since 2008 and the Serbs who are mostly located in the north and in some others enclaves do not want to be part of an independent Kosovo, which is mostly populated by Albanians (about 90% of total population).

Chypre: une île toujours divisée, mais sur le chemin de la réunification/ Cyprus: an island always divided, but on the road of reunification. 

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La séparation entre les parties turque et grecque à Nicosie sont toujours matérialisés par des barbelés et une zone démilitarisée, mais il est désormais plus aisé de franchir la ligne de démarcation/  The separation between the Turkish and Greek parts in Nicosia are always materialized by barbed wire and a demilitarized zone, but it is now easy to cross the line.

Hong Kong ou la Chine plus accessible/ Hong Kong, an accessible China

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Hong Kong a été rétrocédé à la Chine en 1997, mais les formalités d’accès au territoire sont différentes de celle du reste du pays, un simple passeport étant demandé pour de nombreuses nationalités. Dans de plus en plus d’Etats, l’obtention de documents spécifiques pour se rendre dans certains territoires se multiplie. A noter que la Chine a introduit un droit de transit sans visa de 144 heures à condition de justifier de la poursuite du voyage vers une destination hors de la Chine continentale (Hong Kong, Macao et Taïwan étant considérés comme des territoires hors de la Chine continentale)/ Hong Kong returned to China in 1997, but procedures to enter the territory are different from the rest of the country as a single passport is required for many nationalities. Also note  China introduced a free transit for a short stay (less than 144 hours) in the country for people of some nationalities arriving by plane and who continue their trip  in another country. (Hong Kong, Macao and Taiwan are considered territories outside mainland China ).