“Fermer les frontières”: interrogations autour d’une expression mal utilisée

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Absence des douanes à la frontière franco-belge sur l’autoroute entre Tourcoing et Mouscron (2013).

 

Depuis les attentats du 13 novembre à Paris, les médias utilisent fréquemment l’expression “fermer la/les frontières” entre deux pays de l’espace Schengen, imitant ainsi François Hollande qui annonçait alors la “fermeture” de la frontière entre la France et la Belgique.

Cf entre 1’30 et 1’50: https://www.youtube.com/watch?v=O2NMrjFcxvE

” la seconde décision que j’ai prise est la fermeture des frontières. Nous devons nous assurer que personne ne pourra rentrer pour commettre quelque acte que ce soit, et en même temps que ceux qui auraient pu commettre les crimes qui sont hélas constatés, puissent également être appréhendés s’ils devaient sortir du territoire”

Cette intervention laisse supposer:

  1. que la frontière franco-belge est hermétiquement fermée ce qui est impossible. Il s’agit en réalité du rétablissement des contrôles.
  2. que les personnes recherchées essayant de franchir la frontière seraient dès lors arrêtées. Il n’en a rien été puisque dans les heures qui ont suivi, des terroristes ont semblent-ils franchi la frontière.
  3. le contrôle total de la frontière franco-belge est illusoire. Il y a des centaines de points de passage routiers et seuls les principaux peuvent faire l’objet de contrôles. Il faudrait des moyens techniques et humains très nombreux pour contrôler efficacement la frontière.
  4. une frontière fermée signifie l’incapacité à la franchir: c’est le cas entre les deux Corées.

 

A moins de mettre en place des moyens inédits (au risque d’entraver les mobilités entre les deux pays) ou de construire un mur hermétique (difficile à imaginer), la frontière franco-belge, comme beaucoup de frontières entre Etats européens se caractérise par d’innombrables points de passage (des centaines ici) dans différents types de paysages (urbains, périurbains, ruraux, forestiers). Le grand nombre de doublets-frontaliers sur la dyade franco-belge (par exemple, Comines/Comines; Halluin/Ménin; Tourcoing/Mouscron; Quiévrechain/Quiévrain) atteste de l’imbrication des espaces entre les deux pays.

Voici quelques exemples attestant de la difficulté de l’incapacité à surveiller efficacement cette frontière et encore moins de la fermer.

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Frontière franco-belge entre Ménin (Belgique) et Halluin (France). La frontière passe au niveau du carrefour en milieu urbain, les contrôles sont difficiles à mettre en place. A gauche de la photo, des panneaux routiers belges sont visibles, à droite, d’autres panneaux sont français. La surveillance et encore plus, le contrôle de la frontière sont ici difficiles.

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Toujours sur le doublet-frontalier Halluin/Ménin. Les maisons à droite de la photo sont en Belgique, mais la rue (rue de la frontière à Halluin) est en France. Les riverains habitent en Belgique, mais garent leurs voitures du côté français car la rue donnant sur l’entrée principale de leur habitation est trop étroite pour stationner. En milieu urbain, de nombreuses rues permettent le franchissement de la frontière.

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L’une des nombreuses rues où passe la frontière franco-belge dans l’agglomération lilloise: ici entre Mouscron (Belgique) et Wattrelos (France).

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Armentières (France), ville-frontière avec la Belgique: photo de la rue mitoyenne. La frontière passe au centre de la rue, sur la gauche on reconnaît un sens interdit français, sur la droite, il est plus petit avec une inscription en langue flamande.

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Nouvelle exemple de l’imbrication de la frontière franco-belge en milieu urbain entre Armentières (France) et le Bizet (Belgique).

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Un autre franchissement en milieu urbain sur un croisement de rues entre Néchin (Belgique) et Leers (France).

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Ancien poste des douanes à Leers Nord rénové en friterie.

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Route de campagne sans poste de douane reliant Wiers (Belgique) à Flines-lez-Mortagne (France). Rien n’indique le franchissement d’une frontière.

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Passage piétonnier entre la Belgique et la France au Pont-Louvet. Le panneau visible de l’autre côté du ponton donne des informations sur l’histoire des passages de contrebande.

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Franchissement de la frontière franco-belge en milieu forestier à proximité de Flines-lez- Mortagne. Seul un petit panneau d’entrée en France indique l’existence de la frontière.

 

 

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Controverse sur l’entrée des citoyens turcs dans l’UE/controversial debate about the entry for Turkish citizens into the EU

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Vue d’Izmir/View of Izmir

Dans le cadre de l’accord entre l’UE et la Turquie sur le “partage” des réfugiés/migrants, la suppression des visas pour les citoyens turcs fait débat. De nombreuses protestations s’élèvent dans l’UE mais aussi parmi l’opposition turque pour dénoncer cet accord. A l’heure où la Turquie s’enfonce vers un régime autoritaire et où la frontière turco-syrienne apparaît comme une zone grise aux marges de Daech, la suppression des visas pour les 80 millions de Turcs voulant entrer dans l’espace Schengen n’a été guère débattue par les Etats membres.

L’ancien premier ministre belge et député européen, Guy Verhofstadt se montre l’un des plus virulent opposants  à l’accord:

http://www.rtbf.be/info/monde/detail_guy-verhofstadt-ce-n-est-pas-a-la-turquie-de-decider-qui-peut-rentrer-dans-l-ue?id=9242832

Le quotidien Libération remarque que l’opposition turque est largement opposée à ce deal sur les réfugiés entre l’UE et le gouvernement turc:

http://www.liberation.fr/planete/2016/03/18/migrants-l-opposition-turque-outree-par-l-accord-avec-l-ue_1440562

Voir également cette interview instructive de la secrétaire générale de la Fondation pour le développement économique (IKV) à Istanbul:

http://www.lepetitjournal.com/istanbul/accueil/actualite/236956-ue-les-turcs-pourront-ils-voyager-sans-visas-avant-la-fin-de-l-annee

With the agreement between the EU and Turkey on the “sharing” of refugees/migrants, the abolition of visas for Turkish citizens is questionable. Many protests have risen in the EU and among Turkish political opposition to denounce the agreement. At a moment when Turkey is sinking towards authoritarian rule, and where the Turkish-Syrian border appears as a non-ctrolled area more or less connected to link to Daech, the abolition of visas to enter the Schengen area for 80 million Turks in the Schengen area hasn’t been much debated by the 26 States of the geopolitical region.

Also see this article from the Telegraph:

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/eu/12023457/Brussels-to-ease-visa-restrictions-on-Turkey-in-exchange-for-taking-back-deported-migrants.html

Controverse sur l’entrée des citoyens turcs dans l’UE/controversial debate about the entry for Turkish citizens into the EU

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Vue d’Izmir/View of Izmir

Dans le cadre de l’accord entre l’UE et la Turquie sur le “partage” des réfugiés/migrants, la suppression des visas pour les citoyens turcs fait débat. De nombreuses protestations s’élèvent dans l’UE mais aussi parmi l’opposition turque pour dénoncer cet accord. A l’heure où la Turquie s’enfonce vers un régime autoritaire et où la frontière turco-syrienne apparaît comme une zone grise aux marges de Daech, la suppression des visas pour les 80 millions de Turcs voulant entrer dans l’espace Schengen n’a été guère débattue par les Etats membres.

L’ancien premier ministre belge et député européen, Guy Verhofstadt se montre l’un des plus virulent opposants  à l’accord:

http://www.rtbf.be/info/monde/detail_guy-verhofstadt-ce-n-est-pas-a-la-turquie-de-decider-qui-peut-rentrer-dans-l-ue?id=9242832

Le quotidien Libération remarque que l’opposition turque est largement opposée à ce deal sur les réfugiés entre l’UE et le gouvernement turc:

http://www.liberation.fr/planete/2016/03/18/migrants-l-opposition-turque-outree-par-l-accord-avec-l-ue_1440562

Voir également cette interview instructive de la secrétaire générale de la Fondation pour le développement économique (IKV) à Istanbul:

http://www.lepetitjournal.com/istanbul/accueil/actualite/236956-ue-les-turcs-pourront-ils-voyager-sans-visas-avant-la-fin-de-l-annee

With the agreement between the EU and Turkey on the “sharing” of refugees/migrants, the abolition of visas for Turkish citizens is questionable. Many protests have risen in the EU and among Turkish political opposition to denounce the agreement. At a moment when Turkey is sinking towards authoritarian rule, and where the Turkish-Syrian border appears as a non-ctrolled area more or less connected to link to Daech, the abolition of visas to enter the Schengen area for 80 million Turks in the Schengen area hasn’t been much debated by the 26 States of the geopolitical region.

Also see this article from the Telegraph:

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/eu/12023457/Brussels-to-ease-visa-restrictions-on-Turkey-in-exchange-for-taking-back-deported-migrants.html

 

 

 

Les Turcs bientôt sans visa dans l’espace Schengen?

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En contrepartie de l’accueil de nombreux réfugiés/migrants, la Turquie devrait obtenir dans les prochains jours la fin des visas pour ses ressortissants voulant entrer dans l’espace Schengen.

La plupart des ressortissants européens peuvent déjà entrer en Turquie sans visa depuis une quinzaine d’années. Mais la Turquie compte 80 millions d’habitants et possède des frontières avec des Etats comme la Syrie ou l’Irak, qui sont pour l’heure très instables.

Cette décision soulève beaucoup d’interrogations.

  1. Elle fait partie d’un accord principalement entre l’Allemagne et la Turquie, où les autres Etats européens ont été laissés à la marge. Une manière sans doute pour Angela Merkel de trouver une parade à son appel précipité aux réfugiés à la fin de l’été dernier. La diplomatie européenne est en ce moment aux mains de l’Allemagne avec des conséquences dans toute l’UE.
  2. Elle renforce la méfiance de nombreux citoyens européens qui sont déjà échaudés par l’arrivée de plus d’un million de réfugiés/migrants. Face à une frontière turco-syrienne poreuse, cette mesure est-elle adaptée à la période actuelle?
  3. Elle semble récompenser le régime turc dont la passivité a permis l’essor de Daech.
  4. Elle peut apparaître comme une étape pour l’adhésion du pays à l’Union européenne alors que ce débat fait polémique depuis de nombreuses années.
  5. Face à l’ouverture de l’espace Schengen à 80 millions d’habitants (et très majoritairement Musulmans), elle peut contribuer encore un peu plus à faire monter les partis d’extrême-droite en Europe.
  6. Elle pose la question de la gouvernance de l’Union européenne: est-ce l’Allemagne seule qui décide pour l’ensemble des Etats de l’espace Schengen?

Les Turcs bientôt sans visa dans l’espace Schengen?

 

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En contrepartie de l’accueil de nombreux réfugiés/migrants, la Turquie devrait obtenir dans les prochains jours la fin des visas pour ses ressortissants voulant entrer dans l’espace Schengen.

La plupart des ressortissants européens peuvent déjà entrer en Turquie sans visa depuis une quinzaine d’années. Mais la Turquie compte 80 millions d’habitants et possède des frontières avec des Etats comme la Syrie ou l’Irak, qui sont pour l’heure très instables.

Cette décision soulève beaucoup d’interrogations.

  1. Elle fait partie d’un accord principalement entre l’Allemagne et la Turquie, où les autres Etats européens ont été laissés à la marge. Une manière sans doute pour Angela Merkel de trouver une parade à son appel précipité aux réfugiés à la fin de l’été dernier. La diplomatie européenne est en ce moment aux mains de l’Allemagne avec des conséquences dans toute l’UE.
  2. Elle renforce la méfiance de nombreux citoyens européens qui sont déjà échaudés par l’arrivée de plus d’un million de réfugiés/migrants. Face à une frontière turco-syrienne poreuse, cette mesure est-elle adaptée à la période actuelle?
  3. Elle semble récompenser le régime turc dont la passivité a permis l’essor de Daech.
  4. Elle peut apparaître comme une étape pour l’adhésion du pays à l’Union européenne alors que ce débat fait polémique depuis de nombreuses années.
  5. Face à l’ouverture de l’espace Schengen à 80 millions d’habitants (et très majoritairement Musulmans), elle peut contribuer encore un peu plus à faire monter les partis d’extrême-droite en Europe.
  6. Elle pose la question de la gouvernance de l’Union européenne: est-ce l’Allemagne seule qui décide pour l’ensemble des Etats de l’espace Schengen?

 

Slovenia and the refugees/migrants: a report from the Peace Institute (Ljubljana)

 

The Peace Institute in Ljubljana has recently released a report about the situation of refugees/migrants in Slovenia (picture: waiting for refugees at the camp of Dobova, December 2015).

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This 54 pages work is the first research publication in English in Slovenia about the issue. The map (p.12) is particularly useful to understand the location and the chronology of the refugees/migrants in-and-out in the country.

It is possible (and advisable) to download it:

http://www.mirovni-institut.si/wp-content/uploads/2016/03/Razor_wired_publikacija_web.pdf